Droit de la construction à Bordeaux
Dans un litige de construction, tout se décide à l'expertise judiciaire : c'est là que les désordres sont qualifiés, les responsabilités réparties entre intervenants et les travaux chiffrés. Le rapport pèse ensuite plus lourd que la plaidoirie. Ce qui n'y est pas dit ne se rattrape pas.

Avocate au Barreau de Bordeaux · Mis à jour le

L'expertise judiciaire décide du dossier, pas l'audience
C'est pendant les opérations que les désordres sont qualifiés, leur cause établie et les responsabilités réparties entre les intervenants. La qualification retenue commande tout le reste : un désordre qualifié d'esthétique vous fait repasser sous un régime où la faute doit être prouvée, avec des délais bien plus courts.
Une partie qui vient seule aux opérations, ou qui n'y vient pas, laisse l'expert construire son analyse à partir des dires des autres. Le rapport arrive ensuite devant le tribunal avec une autorité de fait que la plaidoirie ne renverse presque jamais.
J'interviens des deux côtés du dossier, pour les maîtres d'ouvrage comme pour les entreprises mises en cause : participation aux réunions, dires à expert, contestation des conclusions erronées tant qu'elles peuvent encore l'être.
Dans quels cas me contacter
Quatre situations qui reviennent, et ce qui se joue vraiment dans chacune.
Malfaçons et garantie décennale
La décennale ne couvre pas tous les défauts : elle vise les dommages qui compromettent la solidité de l'ouvrage ou le rendent impropre à sa destination. Elle repose sur une présomption de responsabilité, donc vous n'avez pas à démontrer une faute, c'est au constructeur d'établir une cause étrangère. Deux garanties plus courtes coexistent : un an pour le parfait achèvement, deux ans pour les équipements dissociables.
Le procès-verbal de réception, l'acte qui fait partir les dix ans
Sinistre et assurance dommages-ouvrage
Elle existe pour préfinancer les réparations sans attendre que les responsabilités soient tranchées. Le calendrier imposé à l'assureur est une arme : soixante jours pour la décision de principe, quatre-vingt-dix pour l'offre. S'il manque un délai ou propose une offre manifestement insuffisante, vous pouvez engager les dépenses après l'en avoir avisé, et l'indemnité est majorée au double du taux légal.
Litige avec le constructeur
Délai de garantie contesté, responsabilités renvoyées d'un intervenant à l'autre, devis non respecté, abandon de chantier. Ce qui décide, ici, c'est qui a écrit quoi et à quelle date, bien plus que l'ampleur du désordre. Quand l'entreprise refuse de revenir, le levier le plus rapide n'est pas le procès mais le référé expertise, qui fige la preuve pendant qu'elle existe encore.
Défense des entreprises du bâtiment
Artisan, entreprise ou constructeur mis en cause : la défense se construit presque entièrement pendant l'expertise, sur trois terrains. La qualification du désordre, puisque tout ne relève pas de la décennale. L'imputabilité, car un désordre unique résulte souvent d'un lot mal coordonné. Et l'immixtion du maître d'ouvrage, lorsqu'il a imposé une solution technique contre l'avis de l'entreprise.
Votre désordre ressemble à l'un de ces quatre ? Reste à savoir quelle garantie s'applique, et depuis quand elle court.
Comment se déroule un dossier
Comptez 18 mois à 3 ans pour un contentieux complet, 6 à 12 mois quand la négociation aboutit. La troisième étape est celle qui fixe le résultat.
Diagnostic et constitution du dossier
Examen des documents (contrats, devis, factures, rapports d'expertise), photos. Je réalise une première analyse du dossier.
Mise en demeure ou négociation
Mise en demeure écrite au constructeur ou à l'artisan, ou ouverture de négociations pour trouver un accord à l'amiable.
Expertise judiciaire ou médiation
Si pas d'accord, demande d'expertise judiciaire pour évaluer les dégâts et les responsabilités en présence.
Procédure judiciaire et exécution
Action en justice, jugement, puis exécution de la condamnation ou recours en appel si nécessaire.
La preuve s'efface dès qu'une reprise commence. Si une expertise est déjà convoquée, le téléphone va plus vite.
Questions fréquentes
Quel délai pour agir contre un constructeur après la réception ?
Dix ans à compter de la réception des travaux, lorsque l'ouvrage relève de la garantie décennale.
Le point de départ est la réception, pas la découverte du désordre, et c'est ce qui rend la date de réception si disputée. Un désordre apparu la huitième année reste actionnable si l'action est engagée avant le terme. Encore faut-il que l'ouvrage relève bien de la garantie décennale, ce qui suppose un dommage compromettant la solidité ou rendant l'ouvrage impropre à sa destination. Deux autres garanties, plus courtes, se referment bien avant : un an pour le parfait achèvement, deux ans pour les équipements dissociables. Dans la première année, les trois se superposent.
Faut-il une expertise avant d'intenter un procès ?
Non obligatoire, mais vivement recommandée. Elle établit l'existence et l'importance des défauts, ce qui renforce votre position. L'expertise permet également de déterminer les responsabilités et les recours à réaliser.
Rien ne l'impose, et pourtant s'en passer revient à demander au juge de trancher une question technique sans élément technique. L'expertise établit trois choses qu'aucune plaidoirie ne remplace : l'existence et l'ampleur du désordre, sa cause, et la répartition des responsabilités entre les intervenants. Elle peut être obtenue avant tout procès, par la voie du référé fondé sur l'article 145 du Code de procédure civile. C'est souvent la démarche la plus efficace, parce qu'elle fige la preuve pendant qu'elle existe encore et conduit fréquemment à un accord sans jamais aller au fond.
Qui paie les frais d'expertise ?
Le demandeur au départ, mais en cas de jugement en sa faveur, les frais d'expertise sont généralement compris dans les dépens et peuvent être mis à la charge du défendeur.
Il faut distinguer l'avance et la charge finale. La partie désignée par le juge consigne au greffe une provision, et c'est généralement celle qui demande la mesure. À la fin, la rémunération des techniciens fait partie des dépens, auxquels la partie perdante est condamnée, sauf décision motivée répartissant autrement. En construction, les responsabilités se partagent souvent entre plusieurs corps d'état et chacun succombe partiellement : la répartition finale est donc rarement intégrale. Attention au délai de consignation, dont le dépassement rend caduque la désignation de l'expert.
Puis-je faire jouer l'assurance dommages-ouvrage directement ?
Oui, c'est sa raison d'être : elle préfinance les réparations sans attendre que les responsabilités soient tranchées. Encore faut-il tenir le calendrier que la loi impose à l'assureur, et une déclaration précise dès le départ. J'interviens sur la déclaration et sur le suivi du sinistre.
C'est exactement sa raison d'être : préfinancer les réparations sans attendre que les responsabilités soient tranchées. L'intérêt est considérable, puisqu'il évite d'identifier d'abord le responsable parmi les intervenants puis d'attendre le jugement. Encore faut-il tenir le calendrier que la loi impose à l'assureur : soixante jours au maximum pour notifier sa décision sur le principe de la garantie, quatre-vingt-dix jours pour présenter une offre. S'il manque un délai ou propose une offre manifestement insuffisante, vous pouvez engager les dépenses après l'en avoir avisé, et l'indemnité est majorée au double du taux légal.
Combien de temps un contentieux construction dure-t-il ?
Entre 18 mois et 3 ans selon la complexité. Les litiges simples peuvent se régler en 6 à 12 mois par négociation ou médiation.
La durée tient surtout à l'expertise et au nombre de parties. Chaque intervenant appelé à la cause doit être convoqué, et chaque convocation nouvelle allonge les opérations. Un dossier à deux parties sur un désordre unique n'a pas le même rythme qu'un chantier entier où maître d'ouvrage, maître d'œuvre, entreprises et assureurs sont tous présents. La négociation, quand elle aboutit, raccourcit beaucoup le calendrier. Ce qui coûte le plus de temps n'est pas la procédure elle-même mais les allers-retours provoqués par une mission mal rédigée au départ, qu'il faut ensuite faire élargir.
Dois-je d'abord essayer une solution à l'amiable ?
C'est recommandé et parfois obligatoire avant saisine du juge. Cela accélère le règlement et peut réduire les frais. Nous envisageons ensemble l'opportunité d'un règlement amiable.
C'est recommandé, parfois imposé avant la saisine du juge, et cela ne signifie pas céder. Une tentative amiable documentée a trois effets utiles : elle oblige l'autre partie à écrire sa position, elle montre au juge que vous n'avez pas précipité le contentieux, et elle permet parfois de régler un désordre simple sans frais. Elle a une limite : elle ne doit pas se prolonger au point de laisser filer un délai de garantie ou de laisser disparaître la preuve. La règle pratique est de négocier tout en faisant constater, jamais l'un à la place de l'autre.
Les autres litiges que je traite
Quatre matières, une même position : vous êtes face à une institution mieux armée que vous, dans une procédure que vous ne connaissez pas.
- Préjudice corporelUn acte de soin a mal tourné et personne ne vous explique pourquoi.
Le moment qui décide du montant : l'expertise médicale, devant la CRCI ou devant le juge. Le guide de cette expertise
- Droit bancaireVotre banque refuse de rembourser, ou vous oppose une clause que vous découvrez.
- Droit des assurancesVotre assureur refuse sa garantie, ou chiffre votre sinistre bien en dessous.
Le moment qui décide du montant : l'expertise de la compagnie, que l'on peut contester. Le guide de cette expertise

Maître Margot Marin
Avocate au Barreau de Bordeaux depuis décembre 2021
J'exerce à titre individuel en préjudice corporel, droit bancaire, droit des assurances et droit de la construction. J'interviens au moment procédural qui décide du montant : l'expertise contradictoire.
En savoir plus sur mon parcoursTextes cités
- Article 1792 du Code civil : responsabilité décennale de plein droit du constructeur
- Article 1792-3 du Code civil : garantie biennale de bon fonctionnement, deux ans à compter de la réception
- Article 1792-6 du Code civil : garantie de parfait achèvement, un an à compter de la réception
- Article L242-1 du Code des assurances : assurance dommages-ouvrage, préfinancement sans recherche de responsabilité, délais de 60 et 90 jours imposés à l'assureur, majoration au double du taux légal
- Article 145 du Code de procédure civile : mesure d'instruction ordonnée avant tout procès, fondement du référé-expertise
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