L'indemnisation d'un accident médical, voie par voie
Après un accident médical, l'indemnisation peut provenir de deux sources : l'assureur du professionnel ou de l'établissement s'il y a eu une faute, la solidarité nationale s'il n'y en a pas eu et si les seuils de gravité sont atteints.

Avocate au Barreau de Bordeaux · Mis à jour le
Trois situations, trois responsables différents
La première question n'est pas « combien », c'est « contre qui ». Le droit distingue trois cas, et ils ne mènent pas au même interlocuteur.
| Situation | Exemple | Qui indemnise |
|---|---|---|
| Faute | Erreur de diagnostic, geste chirurgical fautif, défaut de surveillance, défaut d'information sur un risque. | L'assureur en responsabilité civile du professionnel ou de l'établissement. |
| Accident médical non fautif | Un risque connu de l'acte se réalise, sans erreur de personne. C'est l'aléa thérapeutique. | La solidarité nationale, si les conséquences sont anormales et graves. |
| Infection nosocomiale | Une infection contractée à l'occasion de la prise en charge. | L'établissement de santé, responsable de plein droit. |
Cette distinction n'est pas académique. Elle décide de qui vous devez mettre en cause, dans quel délai, et devant quelle juridiction si la voie amiable échoue. Se tromper de responsable coûte souvent plus de temps que le fond du dossier.
Le seuil de gravité, et à quel moment il joue
Saisir la commission n'est soumis à aucune condition de gravité. Vous pouvez le faire, notamment pour obtenir une expertise médicale, sans avoir à démontrer au préalable un degré de gravité.
C'est à l'issue de l'expertise que le seuil intervient : la commission n'est compétente pour connaître de la demande d'indemnisation que si le dommage atteint l'un des critères fixés par décret. Il suffit qu'un seul d'entre eux soit rempli :
- un taux d'atteinte permanente à l'intégrité physique ou psychique supérieur à 24 % ;
- un arrêt temporaire des activités professionnelles d'au moins six mois, consécutifs ou non sur une période de douze mois ;
- des gênes temporaires constitutives d'un déficit fonctionnel d'au moins 50 % pendant au moins six mois, consécutifs ou non sur douze mois.
À titre exceptionnel, deux autres portes existent :
- l'inaptitude définitive à exercer l'activité professionnelle exercée avant l'accident ;
- des troubles particulièrement graves dans les conditions d'existence, y compris économiques.
Sous ce seuil, la commission ne peut pas connaître de votre demande d'indemnisation. Cela ne veut pas dire que vous n'avez aucun recours : la voie judiciaire reste ouverte, et la négociation directe avec l'assureur aussi. Cela veut dire que la voie rapide et gratuite ne vous est pas accessible, et qu'il faut choisir autrement.
Les deux voies pour obtenir indemnisation de ses préjudices
| Commission de conciliation | Tribunal | |
|---|---|---|
| Condition d'accès | Saisine libre ; avis sur l'indemnisation si le seuil est atteint | Aucune condition de gravité |
| Coût de l'expertise | Prise en charge | Provision à consigner |
| Durée | Environ six mois pour l'avis | Un à trois ans |
| Portée de la décision | Un avis, suivi d'une offre. Vous restez libre de la refuser. | Un jugement, exécutoire. |
| Si ça échoue | Le tribunal reste ouvert | L'appel |
Je privilégie la voie amiable chaque fois que le seuil est atteint et que le dossier médical la rend crédible. Elle est plus rapide, elle ne coûte pas d'expertise, et un avis favorable pèse ensuite lourdement si l'assureur conteste. Elle a une limite : l'offre qui suit l'avis est souvent en deçà de ce qui est dû, et c'est là que le travail recommence.
Le cas particulier de l'infection nosocomiale
C'est le régime le plus favorable à la victime de tout le droit médical, et il est largement méconnu.
L'établissement de santé est responsable de plein droit des infections contractées en son sein. Vous n'avez pas à démontrer une faute, ni un manquement aux règles d'hygiène. C'est à lui d'établir une cause étrangère, ce qui est rarement possible.
L'essentiel du débat porte donc sur un point unique : l'infection a-t-elle bien été contractée lors de la prise en charge, ou était-elle déjà présente ? C'est une question de dates, de germes et de comptes rendus. Elle se gagne sur le dossier médical.
Deux précisions changent souvent la donne : ce régime sans faute ne vise que les établissements, pas les praticiens libéraux, et au-delà de 25 % d'atteinte permanente c'est l'ONIAM qui indemnise, et non plus l'assureur de l'établissement. Le détail, les pièces à réunir et la manière d'établir le caractère nosocomial sont traités sur la page consacrée à l'infection nosocomiale.
Ce qui compte comme faute, et ce qui n'en est pas une
Une complication n'est pas une faute. C'est la phrase qu'on vous opposera, et elle est souvent juste. Un acte médical comporte des risques, et leur réalisation n'engage personne, sauf dans les cas prévus par la solidarité nationale.
Sont en revanche fautifs, entre autres :
- le retard ou l'erreur de diagnostic, lorsque les éléments disponibles permettaient de conclure autrement ;
- le geste techniquement non conforme aux données acquises de la science au moment où il a été pratiqué ;
- le défaut de surveillance postopératoire, ou l'absence de réaction devant un signe d'alerte ;
- le défaut d'information. Vous devez être informé des risques fréquents ou graves normalement prévisibles. Ne pas l'avoir été vous prive d'un choix, et cela s'indemnise même si l'acte était correctement réalisé.
Par quoi commencer, concrètement
- Demandez votre dossier médical complet, par écrit, à chaque établissement concerné. C'est un droit, la réponse doit intervenir au plus tard sous huit jours, et deux mois lorsque les informations ont plus de cinq ans.
- Notez ce que vous vivez, au fil des jours : douleurs, gestes devenus impossibles, aide dont vous avez besoin, arrêts de travail. Ce journal vaudra beaucoup lors de l'expertise.
- Rassemblez les justificatifs de dépenses et de pertes de revenus, même ceux qui vous paraissent modestes.
- Ne signez rien qui ressemble à une acceptation d'offre, une quittance ou une transaction avant d'avoir fait vérifier le chiffrage.
- Faites qualifier la situation avant de choisir la voie.
Un article détaille la saisine elle-même, étape par étape :comment saisir la commission après un accident médical ou une infection nosocomiale.
Références
- (1)Article L1142-1 du Code de la santé publique : responsabilité pour faute, et indemnisation au titre de la solidarité nationale au-delà d'un seuil de gravité
- (2)Article L1142-1-1 du Code de la santé publique : infections nosocomiales les plus graves
- (3)Articles L1142-4 à L1142-8 du Code de la santé publique : saisine et avis de la commission de conciliation et d'indemnisation
- (4)Article L1142-14 du Code de la santé publique : offre d'indemnisation de l'office ou de l'assureur
Questions fréquentes
Qui indemnise une erreur médicale ?
L'assureur en responsabilité civile du professionnel ou de l'établissement lorsqu'une faute est établie. Lorsqu'aucune faute n'est démontrée mais que le dommage est anormal et grave, c'est l'Office national d'indemnisation des accidents médicaux qui intervient au titre de la solidarité nationale.
Le payeur dépend de la qualification retenue, et c'est pourquoi l'expertise décide de tout. Si une faute est établie, c'est l'assureur de responsabilité civile du professionnel ou de l'établissement qui indemnise. Si aucune faute n'est retenue mais que le dommage présente le caractère anormal et le degré de gravité exigés, l'indemnisation relève de la solidarité nationale et c'est l'ONIAM qui intervient. Cette bascule ne change pas seulement l'interlocuteur : elle change la procédure, les référentiels d'évaluation et le rythme. Une même situation peut donc suivre deux chemins très différents selon ce que l'expert conclut.
Qu'est-ce que la CRCI, ou commission de conciliation ?
Une commission régionale qui organise une procédure amiable d'indemnisation des accidents médicaux. Elle est gratuite, elle diligente une expertise contradictoire et rend un avis dans les six mois de sa saisine. Sa saisine n'est soumise à aucun seuil, mais elle ne peut se prononcer sur l'indemnisation que si le dommage atteint un certain seuil de gravité.
La commission est une voie amiable, et sa saisine n'est soumise à aucune condition de gravité. Elle peut donc être saisie même quand le seuil n'est pas manifestement atteint, mais elle statue d'abord sur la recevabilité et n'ordonne pas systématiquement d'expertise. C'est à l'issue de cette expertise que le seuil intervient, pour déterminer si la commission peut connaître de la demande d'indemnisation. Son intérêt tient à trois choses : elle est gratuite pour le demandeur, elle est plus rapide que le tribunal, et l'expertise qu'elle ordonne est contradictoire. Son avis ne s'impose toutefois pas, ce qui laisse la voie judiciaire ouverte.
Faut-il prouver une faute pour être indemnisé ?
Non, pas toujours. La faute ouvre l'indemnisation par l'assureur du soignant. Mais un accident médical non fautif ou une affection iatrogène peuvent être indemnisés par la solidarité nationale, à condition que les conséquences soient anormales au regard de votre état et suffisamment graves. L'infection nosocomiale relève, elle, de la responsabilité de plein droit de l'établissement.
Non, et c'est la particularité du droit médical français. Trois régimes coexistent. La faute ouvre l'indemnisation par l'assureur du soignant. L'aléa thérapeutique, c'est-à-dire le dommage survenu sans faute, ouvre la solidarité nationale si le dommage est anormal au regard de l'évolution prévisible de l'état de santé et s'il atteint le degré de gravité fixé par décret. Et l'infection nosocomiale relève d'un régime encore distinct, sans faute à prouver contre l'établissement. Identifier le bon régime dès le départ conditionne les pièces à réunir et la personne contre qui diriger la demande.
Une infection contractée à l'hôpital est-elle automatiquement indemnisée ?
L'établissement est responsable de plein droit des infections nosocomiales, sauf s'il prouve une cause étrangère : vous n'avez pas à démontrer sa faute.
Presque, et c'est le régime le plus favorable à la victime de tout le droit médical. Les établissements de santé sont responsables des dommages résultant d'infections nosocomiales sans qu'une faute ait à être démontrée, sauf s'ils rapportent la preuve d'une cause étrangère. La charge de la preuve est donc inversée. Deux nuances comptent pourtant : ce régime ne vise pas les praticiens exerçant à titre libéral, pour lesquels la faute redevient à prouver, et au-delà de 25 % d'atteinte permanente ou en cas de décès, c'est l'ONIAM qui indemnise. La page dédiée détaille ces deux points.
La procédure amiable est-elle gratuite ?
La saisine de la commission et l'expertise qu'elle ordonne ne vous sont pas facturées. Restent à votre charge les frais que vous choisissez d'engager : honoraires d'avocat, et le cas échéant médecin-conseil de victime. L'aide juridictionnelle, que j'accepte, peut les couvrir selon vos ressources.
La saisine de la commission et l'expertise qu'elle ordonne ne sont pas facturées au demandeur, ce qui en fait une voie accessible même sans moyens. Deux dépenses subsistent pourtant, et elles sont souvent découvertes en cours de route. L'assistance d'un avocat n'est pas prise en charge à ce titre, sauf admission à l'aide juridictionnelle. Et le médecin-conseil de victime, seul à pouvoir discuter l'évaluation poste par poste pendant l'expertise, reste à votre charge. Ce sont deux dépenses utiles : l'économie faite là se paie presque toujours sur le montant final.
Puis-je saisir la commission et le tribunal en même temps ?
Ce n'est pas interdit, mais c'est rarement pertinent. On choisit une voie en fonction du seuil de gravité, de la solidité de la démonstration de faute et de l'urgence. La procédure amiable reste ouverte au juge ensuite si elle n'aboutit pas : elle ne ferme pas la porte judiciaire.
Ce n'est pas interdit, mais c'est rarement pertinent, et la question se tranche au vu du dossier plutôt que par principe. La commission est gratuite et plus rapide, elle convient quand les faits sont clairs et que le seuil de gravité est atteint. Le tribunal est plus long mais il tranche, et il s'impose quand la responsabilité est sérieusement contestée ou quand le seuil n'est pas atteint. Mener les deux fronts simultanément disperse les moyens et produit parfois deux expertises aux conclusions divergentes, ce qui affaiblit la position plutôt que de la renforcer.

Maître Margot Marin
Avocate au Barreau de Bordeaux depuis décembre 2021
J'exerce à titre individuel en préjudice corporel, droit bancaire, droit des assurances et droit de la construction. J'interviens au moment procédural qui décide du montant : l'expertise contradictoire.
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