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Les délais, de l'accident au versement

Vous disposez de dix ans à compter de la consolidation de votre état pour demander réparation. La voie amiable donne un avis en six mois environ, puis une offre en quatre mois. La voie judiciaire se compte en années. Ce sont deux échelles de temps très différentes.

Maître Margot Marin, avocate au Barreau de Bordeaux

Avocate au Barreau de Bordeaux · Mis à jour le

Le délai pour agir : dix ans, mais à partir de quand

L'action en réparation d'un dommage causé par un acte de soin se prescrit par dix ans à compter de la consolidation du dommage. Ce n'est pas dix ans depuis l'opération : c'est dix ans depuis le jour où votre état a cessé d'évoluer.

Ce décalage a deux conséquences pratiques.

  • Des dossiers anciens restent recevables. Un acte de 2015 dont les séquelles ne se sont stabilisées qu'en 2021 laisse un délai courant jusqu'en 2031.
  • La date de consolidation devient un enjeu en soi. Elle est fixée par un médecin, et elle commande à la fois le calcul de votre indemnisation et le temps qu'il vous reste pour la réclamer.

En cas de décès, le délai court à compter du décès.

Dix ans paraît confortable. Ça ne l'est pas. Les dossiers médicaux s'archivent, les praticiens changent d'établissement, les souvenirs s'effacent et les témoins deviennent introuvables. Le délai protège votre droit d'agir, pas votre capacité à démontrer.

Voie amiable

environ 1 an

Avis de la commission
Offre d'indemnisation
Versement
6 mois
4 mois
1 mois

Voie judiciaire

plusieurs années

Référé et expertise
Procédure au fond
Appel (si recours)
quelques mois à ~1 an
1 à 3 ans
1 à 2 ans

Largeurs indicatives, pas une échelle de temps précise : les durées réelles varient d'un dossier à l'autre.

Le calendrier de la voie amiable

C'est la voie la plus rapide quand le seuil de gravité est atteint. Elle est rythmée par des délais fixés par la loi.

ÉtapeDélaiCe qui s'y passe
Constitution du dossierVariable, souvent 1 à 3 moisObtention du dossier médical, justificatifs, rédaction de la saisine. C'est la seule phase que vous maîtrisez.
ExpertiseComprise dans les 6 moisDésignation d'un expert, convocation, examen contradictoire, rapport.
Avis de la commission6 mois à compter de la saisine complèteLa commission se prononce sur la responsabilité et sur le régime applicable.
Offre d'indemnisation4 mois à compter de l'avisL'assureur, ou l'office si la solidarité nationale est en jeu, chiffre poste par poste.
Versement1 mois après votre acceptationLe paiement intervient après signature.

Soit environ un an entre la saisine et le versement, dans un dossier qui se déroule normalement. Les deux premières phases sont celles où l'on gagne du temps : un dossier médical demandé le premier mois plutôt que le sixième déplace tout le calendrier.

Le calendrier de la voie judiciaire

Elle s'impose quand le seuil de gravité n'est pas atteint, quand la faute est disputée, ou quand l'offre amiable reste très inférieure à ce qui est dû.

  • Référé expertise : quelques semaines à quelques mois pour obtenir la désignation.
  • Opérations d'expertise : plusieurs mois, souvent près d'un an.
  • Procédure au fond : de un à trois ans après le dépôt du rapport.
  • Appel, s'il y a lieu : une à deux années supplémentaires.

Ce n'est pas une raison de l'écarter. C'est une raison de ne pas la choisir par défaut, et de ne pas laisser passer la voie amiable quand elle est ouverte.

Ce qui fait déraper les délais

Presque toujours les mêmes causes, et la plupart sont évitables.

  1. Un dossier médical incomplet. La commission ne fait courir son délai qu'à compter d'une saisine complète. Une pièce manquante ne retarde pas de deux semaines, elle retarde le point de départ.
  2. Une consolidation non acquise. Tant que votre état évolue, l'évaluation définitive est impossible. Parfois il faut attendre ; parfois la consolidation est retardée sans motif, et cela se conteste.
  3. Une expertise à refaire. Un rapport hors mission, ou rendu sans que toutes les parties aient été appelées, se conteste et fait repartir le cycle.
  4. Un responsable oublié. Mettre en cause un intervenant en cours de route relance la procédure à son égard.
  5. Une offre tardive. Le délai de quatre mois n'est pas toujours respecté. Une relance écrite documentée reste le moyen le plus rapide de le faire courir.

Obtenir de l'argent avant la fin

L'attente est rarement neutre. Frais de santé, aménagement du domicile, perte de revenus : les dépenses arrivent avant l'indemnisation. La provision existe pour cela.

Elle s'obtient quand deux conditions sont réunies :

  • le principe de l'indemnisation n'est plus sérieusement contestable, même si le montant reste discuté ;
  • vous justifiez de besoins immédiats, pièces à l'appui.

Elle se demande en référé devant le juge, et parfois directement à l'assureur lorsque le dossier est clair. Elle s'impute ensuite sur l'indemnisation finale : ce n'est pas une somme en plus, c'est la même somme plus tôt.

Si votre état s'aggrave après coup

Une indemnisation acceptée ne ferme pas la porte à une aggravation. Le droit à réparation d'une aggravation est autonome : il naît de faits nouveaux, postérieurs à la transaction ou au jugement.

Trois conditions :

  1. Une aggravation médicalement constatée, distincte de l'évolution prévisible déjà indemnisée.
  2. Un lien avec l'accident initial, que l'expertise devra établir.
  3. Une nouvelle évaluation, poste par poste, sur la part aggravée seulement.

C'est aussi la raison pour laquelle une consolidation prématurée est coûteuse : elle transforme en aggravation à démontrer ce qui aurait dû être indemnisé d'emblée.

Références

  1. (1)Article L1142-28 du Code de la santé publique : prescription de dix ans à compter de la consolidation du dommage
  2. (2)Article L1142-8 du Code de la santé publique : avis de la commission dans les six mois de sa saisine complète
  3. (3)Article L1142-14 du Code de la santé publique : offre d'indemnisation dans les quatre mois suivant l'avis

Questions fréquentes

Combien de temps ai-je pour agir après une erreur médicale ?

Dix ans à compter de la consolidation du dommage, c'est-à-dire de la stabilisation de votre état, et non de la date de l'acte médical. Ce point de départ décalé explique que des dossiers anciens restent recevables. En cas de décès, le point de départ retenu est en pratique la date du décès, la consolidation n'ayant plus de sens.

Le point de départ compte plus que la durée, et il joue souvent en faveur de la victime. Le délai court de la consolidation, c'est-à-dire de la stabilisation des séquelles, et non de l'acte médical ni de la découverte du dommage. Une personne dont l'état a mis des années à se stabiliser dispose donc de plus de temps qu'elle ne l'imagine. L'inverse est vrai également : une consolidation précoce enclenche le compte à rebours tôt. C'est une date à établir sur pièces médicales dès le début du dossier, jamais à estimer.

Combien de temps dure la procédure devant la commission ?

La commission rend son avis dans un délai de six mois à compter de sa saisine complète. L'assureur ou l'office dispose ensuite de quatre mois pour formuler une offre, puis d'un mois après votre acceptation pour verser les sommes. Environ un an au total, dans un dossier qui se déroule normalement.

La commission est nettement plus rapide que le tribunal, et c'est son principal intérêt avec la gratuité. Le calendrier tient surtout à deux étapes : le délai d'organisation de l'expertise, puis celui de l'avis rendu au vu du rapport. Ce qui allonge en pratique n'est presque jamais la commission elle-même mais l'attente de la consolidation médicale, sans laquelle aucune évaluation définitive n'est possible. Un dossier déposé avant consolidation peut obtenir une expertise, mais l'indemnisation définitive attendra la stabilisation de l'état.

Une action au tribunal est-elle plus longue ?

Nettement. Comptez un à trois ans en première instance, expertise judiciaire comprise, et davantage en cas d'appel. C'est le prix à payer quand le seuil de gravité n'est pas atteint, quand la faute est contestée, ou quand l'offre amiable reste très en deçà de ce qui est dû.

Nettement, et la différence se mesure en années plutôt qu'en mois. La voie judiciaire suppose l'échange des écritures, l'expertise judiciaire ordonnée par le juge, puis le jugement, et l'appel éventuel rouvre l'ensemble. Elle reste pourtant la bonne voie dans deux cas précis : quand la responsabilité est sérieusement contestée, parce que seul un juge tranchera, et quand le seuil de gravité n'est pas atteint, la commission ne pouvant alors pas connaître de la demande d'indemnisation. Le choix se fait au vu du dossier, jamais par préférence de principe.

Que se passe-t-il si l'assureur ne fait pas d'offre dans le délai ?

Le silence ou le retard n'est pas sans conséquence : des intérêts peuvent courir et l'office peut se substituer à l'assureur défaillant. En pratique, une relance écrite documentée est la première mesure, et elle suffit souvent à débloquer un dossier oublié.

Le non-respect d'un délai par l'assureur n'est pas neutre, et c'est un levier trop rarement utilisé. Selon le cadre applicable, le dépassement ouvre des majorations et permet parfois d'engager soi-même les dépenses nécessaires après l'en avoir avisé. Pour s'en prévaloir encore faut-il pouvoir dater le point de départ, ce qui suppose une déclaration écrite, circonstanciée, dont vous avez conservé l'accusé de réception. Une déclaration imprécise fait courir le délai sur un objet flou et permet à l'assureur de réclamer des pièces plutôt que de décider.

Puis-je obtenir une avance avant la fin de la procédure ?

Oui, par une demande de provision. Elle se justifie quand le principe de l'indemnisation n'est plus sérieusement contestable et que vous engagez des dépenses immédiates. Elle s'obtient en référé devant le juge, et parfois directement de l'assureur lorsque le dossier est clair.

Oui, et c'est l'un des outils les plus utiles quand la procédure s'étire. Des provisions peuvent être demandées en cours de procédure lorsque le droit à indemnisation n'est pas sérieusement contestable, ce qui permet de faire face aux dépenses immédiates sans attendre la décision finale. Elles s'imputent ensuite sur l'indemnisation définitive. Les demander suppose de documenter précisément les frais engagés et restés à charge : soins non remboursés, aménagements, assistance d'une tierce personne, pertes de revenus. C'est un poste qui se prépare, pas qui se réclame en bloc.

Puis-je encore agir si mon état s'aggrave après l'indemnisation ?

Oui. L'aggravation ouvre un droit nouveau, distinct de l'indemnisation déjà perçue, même si vous aviez signé une transaction. Il faut la faire constater médicalement et démontrer son lien avec l'accident initial. Une nouvelle expertise sera nécessaire.

L'aggravation rouvre le droit à indemnisation, et c'est une possibilité largement ignorée. Une indemnisation est calculée au regard d'un état consolidé à une date donnée ; si cet état se dégrade ensuite de façon médicalement établie, une nouvelle demande peut porter sur les préjudices supplémentaires. Cela suppose de pouvoir comparer, donc de conserver le rapport d'expertise initial et l'ensemble des pièces médicales qui ont servi à l'évaluation. Sans cette base de comparaison, démontrer l'aggravation devient beaucoup plus difficile, même quand elle est réelle.

Maître Margot Marin, avocate au Barreau de Bordeaux

Maître Margot Marin

Avocate au Barreau de Bordeaux depuis décembre 2021

J'exerce à titre individuel en préjudice corporel, droit bancaire, droit des assurances et droit de la construction. J'interviens au moment procédural qui décide du montant : l'expertise contradictoire.

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