Expertise contradictoire
L'expertise médicale, et comment s'y préparer
L'expertise médicale est l'examen qui établit le lien entre l'acte de soin et votre état, puis chiffre chaque poste de préjudice. Elle dure quelques heures et détermine des années d'indemnisation. Vous pouvez y venir accompagné de votre avocat et d'un médecin-conseil de victime.
Écrit par Maître Margot Marin, avocate au Barreau de Bordeaux. Dernière mise à jour le .
Trois cadres, trois logiques différentes
On dit « expertise médicale » pour trois situations qui n'ont ni les mêmes règles ni les mêmes enjeux. Savoir laquelle vous concerne change ce qu'il faut préparer.
| Cadre | Qui désigne l'expert | Ce qu'il faut savoir |
|---|---|---|
| Devant la commission de conciliation et d'indemnisation | La commission, à partir d'une liste | Gratuite pour vous, contradictoire, rapide. C'est la voie amiable que je privilégie quand le seuil de gravité est atteint. |
| Expertise judiciaire | Le juge, par ordonnance | La plus formelle. Mission écrite, dires, provision à consigner. Le rapport pèsera lourd sur la décision. |
| Expertise de l'assureur | La compagnie elle-même | Le médecin est mandaté par une partie. Le rapport constitue sa position de départ, pas un constat neutre. |
Comment se déroule l'examen
L'expertise se tient au cabinet de l'expert, dans un établissement de santé, ou parfois à votre domicile si vous ne pouvez pas vous déplacer. Elle suit presque toujours le même ordre :
- La reprise de l'historique. L'expert relit le dossier médical, les comptes rendus opératoires, les hospitalisations, les traitements.
- Vos déclarations. Ce que vous faisiez avant, ce que vous ne faites plus, la douleur, le sommeil, le travail, l'aide dont vous avez besoin. C'est la partie que l'on prépare le moins et qui pèse le plus.
- L'examen clinique. Mesures, mobilité, séquelles visibles.
- La discussion technique. Le lien entre l'acte et le dommage, l'état antérieur, la part imputable. C'est ici que se décide l'essentiel.
- Le pré-rapport, puis le rapport. En expertise judiciaire, un délai de dires s'ouvre entre les deux.
Ce qu'il faut préparer avant
Un expert dispose de deux heures pour comprendre plusieurs années de votre vie. Ce que vous n'apportez pas ce jour-là n'existera pas dans le rapport.
- Le dossier médical complet, dans l'ordre chronologique, comptes rendus opératoires et imagerie compris.
- Les justificatifs de dépenses : frais restés à charge, transports, appareillage, aménagements, aide à domicile.
- Les preuves de la perte de revenus : bulletins de salaire avant et après, arrêts de travail, décisions de la sécurité sociale.
- Un journal des conséquences quotidiennes, tenu au fil des mois. C'est la pièce la plus négligée et la plus convaincante : elle transforme un ressenti en fait daté.
- Ce que vous ne faites plus : sport, loisirs, activités familiales, avec des éléments qui l'attestent. C'est ce qui fonde le préjudice d'agrément.
Ne minimisez pas. Beaucoup de personnes, par pudeur ou par habitude, répondent « ça va » à un expert. Cette réponse-là se retrouve dans le rapport, et elle coûte cher. Décrivez une journée ordinaire, précisément, y compris ce qui vous semble sans importance.
Obtenir votre dossier médical
C'est un droit, et il n'a pas à être justifié. Vous adressez une demande écrite à l'établissement ou au praticien, avec une copie de votre pièce d'identité.
- La réponse doit intervenir au plus tard dans les huit jours, et au plus tôt après un délai de réflexion de quarante-huit heures.
- Ce délai passe à deux mois lorsque les informations demandées datent de plus de cinq ans.
- Vous pouvez demander la totalité du dossier, y compris l'imagerie et les comptes rendus opératoires, pas seulement une synthèse.
Un refus, un dossier incomplet ou un silence prolongé se traitent. Ce n'est pas une fatalité, et c'est souvent le premier obstacle réel du dossier.
Le médecin-conseil de victime
C'est un médecin que vous choisissez et que vous rémunérez, dont le rôle est de vous assister pendant les opérations. Il n'a rien à voir avec le médecin de l'assureur ni avec celui de la sécurité sociale.
Il fait ce que ni vous ni moi ne pouvons faire :
- discuter une méthode d'évaluation sur le terrain médical, d'égal à égal ;
- repérer un poste de préjudice oublié ou sous-évalué ;
- contester l'imputation d'une part des séquelles à un état antérieur ;
- contester une date de consolidation fixée trop tôt.
Son coût est réel, et il se met en balance avec l'enjeu du dossier. Sur un préjudice sérieux, c'est le poste de dépense le mieux employé.
Ce que l'expert doit évaluer, poste par poste
L'indemnisation ne se décide pas globalement. Elle s'établit poste par poste, selon une nomenclature commune à tous les intervenants. Le rapport doit renseigner chacun d'eux, et un poste laissé vide est un poste perdu.
| Famille | Ce qu'elle recouvre |
|---|---|
| Dépenses de santé | Frais médicaux restés à charge, avant et après consolidation, y compris futurs. |
| Frais divers et assistance | Transports, aide à domicile, tierce personne, aménagement du logement et du véhicule. |
| Pertes de revenus | Ce que vous n'avez pas gagné pendant l'arrêt, et ce que vous ne gagnerez plus. |
| Incidence professionnelle | Pénibilité accrue, perte de chance de promotion, reconversion imposée, retraite affectée. |
| Déficit fonctionnel temporaire | La gêne dans les actes de la vie courante avant la consolidation. |
| Souffrances endurées | Les douleurs physiques et psychiques jusqu'à la consolidation, cotées sur une échelle. |
| Déficit fonctionnel permanent | Les séquelles définitives, exprimées en taux. Le poste central de l'évaluation. |
| Préjudice d'agrément | Les activités de loisir ou sportives que vous ne pouvez plus pratiquer. |
| Préjudice esthétique | Temporaire et permanent, coté séparément. |
| Préjudices sexuel et d'établissement | Souvent omis parce que jamais évoqués spontanément. Ils doivent l'être. |
Des postes distincts existent aussi pour les proches, quand l'atteinte est grave. Ils ne sont presque jamais soulevés par l'expert de sa propre initiative.
La consolidation, la date qui commande tout
La consolidation est la date à laquelle votre état est considéré comme stabilisé : ni amélioration ni aggravation attendue à court terme. Elle n'a rien à voir avec la guérison.
Elle commande deux choses :
- La séparation des postes. Avant elle, les préjudices sont temporaires. Après, ils sont permanents et s'évaluent différemment.
- Le point de départ des délais pour agir en indemnisation devant la commission de conciliation.
Une consolidation fixée trop tôt ampute l'indemnisation, parce qu'elle referme la période temporaire et fige des séquelles qui n'ont pas fini d'évoluer. C'est l'un des points que je conteste le plus souvent.
Si le rapport vous est défavorable
Tout dépend du cadre. En expertise judiciaire, la fenêtre utile est le délai de dires ouvert par le pré-rapport : c'est là qu'on produit une pièce ignorée, qu'on conteste une méthode, qu'on demande l'examen d'un poste laissé de côté. Une fois le rapport définitif déposé, il faut convaincre le juge d'ordonner un complément ou une contre-expertise, ce qui est nettement plus difficile.
Face à un assureur, vous n'êtes lié par rien tant que vous n'avez pas accepté d'offre. Vous pouvez demander une nouvelle expertise, saisir le médiateur compétent, ou porter le litige devant le juge.
Ne signez pas de reçu, de quittance ou d'acceptation d'offre le jour de l'expertise, ni dans les jours qui suivent, sans avoir fait vérifier le chiffrage poste par poste. Une acceptation se défait difficilement.
Questions fréquentes
Puis-je être accompagné à une expertise médicale ?
Oui. Vous pouvez venir avec votre avocat et avec un médecin-conseil de victime, que vous choisissez et rémunérez. Vous pouvez aussi être accompagné d'un proche. Prévenez l'expert par écrit avant la convocation, pour que leur présence ne soit pas discutée le jour même.
Le médecin expert de l'assureur est-il neutre ?
Il est médecin, tenu par sa déontologie, mais il est mandaté et rémunéré par la compagnie. Son évaluation constitue la position de départ de l'assureur, pas un constat impartial. C'est une raison suffisante pour ne pas s'y rendre seul, ni signer quoi que ce soit à l'issue de l'examen.
Combien de temps dure une expertise médicale ?
L'examen lui-même dure généralement entre une et trois heures : reprise de l'historique, examen clinique, questions sur votre vie quotidienne. Le rapport arrive ensuite dans un délai de quelques semaines. Devant la commission de conciliation, l'ensemble s'inscrit dans les six mois de la procédure.
Qu'est-ce que la consolidation ?
C'est la date à laquelle votre état est considéré comme stabilisé, sans amélioration ni aggravation attendue à court terme. Elle sépare les préjudices temporaires des préjudices permanents et conditionne l'évaluation définitive. Une consolidation fixée trop tôt ampute mécaniquement l'indemnisation.
Que faire si je ne suis pas d'accord avec le rapport ?
Devant un expert judiciaire, contestez par un dire avant le dépôt du rapport définitif : c'est la seule fenêtre réellement utile. Face à un assureur, vous pouvez refuser l'offre, demander une contre-expertise, saisir le médiateur ou porter le litige devant le juge. Ne signez pas une acceptation avant d'avoir fait vérifier le chiffrage.
Faut-il un avocat pour une expertise médicale ?
Rien ne l'impose. Mais l'expertise fixe des postes techniques que personne ne rediscutera ensuite, et les questions posées ce jour-là ont des conséquences précises. Mon rôle y est d'obtenir que chaque poste soit examiné, que vos réponses soient consignées, et que rien d'important ne soit omis du rapport.
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