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L'expertise de l'assureur, et comment la contester

L'expert mandaté par votre assureur n'est pas un arbitre : il est choisi et rémunéré par une partie au litige. Son rapport constitue la position de départ de la compagnie. Vous pouvez le contester, faire intervenir votre propre expert, et obtenir une évaluation contradictoire.

Maître Margot Marin, avocate au Barreau de Bordeaux

Avocate au Barreau de Bordeaux · Mis à jour le

Qui est qui dans une expertise d'assurance

La confusion des rôles est la première cause de mauvaise indemnisation. Trois personnes portent le titre d'expert, et elles ne défendent pas les mêmes intérêts.

QuiMandaté et payé parCe qu'il produit
Expert de la compagnieVotre assureur, ou celui du responsableUne évaluation qui fixe la position de la compagnie. Régulière, souvent sérieuse, jamais neutre.
Expert d'assuréVousUne évaluation contradictoire de la précédente, sur le même terrain technique.
Tiers expert, ou expert judiciaireLes deux parties, ou le tribunalUn arbitrage technique. Le seul dont l'indépendance est structurellement garantie.

Un expert de compagnie n'est pas malhonnête. Il applique les méthodes et les grilles de celui qui l'emploie, et son évaluation reflète cette logique-là. Lui opposer une évaluation également technique est le seul langage qui déplace le curseur.

Rendre l'expertise contradictoire

Vous ne pouvez pas empêcher l'assureur d'expertiser. Vous pouvez en revanche faire en sorte que ses constatations ne soient pas les seules au dossier. Quatre gestes suffisent, et ils se jouent tôt.

  1. Annoncez par écrit que vous serez assisté, avant la visite. Une simple lettre recommandée. Cela évite qu'on vous oppose une expertise déjà faite.
  2. Soyez présent aux opérations, avec votre expert. Ce qui n'est pas montré ce jour-là n'existera pas dans le rapport.
  3. Faites consigner vos observations. Demandez qu'elles figurent au procès-verbal et confirmez-les par écrit dans la foulée.
  4. Conservez tout avant réparation : photographies datées, factures, devis d'entreprises, éléments déposés. Une preuve détruite ne se reconstitue pas.

La tierce expertise, prévue par votre contrat

La plupart des contrats de dommages contiennent une clause de tierce expertise. Elle organise le désaccord : si votre expert et celui de la compagnie ne s'accordent pas, un troisième est désigné d'un commun accord, et son évaluation tranche.

Ses frais sont en général partagés, chaque partie conservant la charge de son propre expert. C'est une voie plus rapide et moins coûteuse qu'un procès, et elle est déjà écrite dans votre contrat : encore faut-il l'avoir lue avant d'accepter une offre.

Relisez aussi la garantie honoraires d'expert et votre éventuelle protection juridique. Beaucoup d'assurés paient un expert d'assuré que leur contrat aurait pris en charge.

Les délais à surveiller, et celui qui fait perdre le dossier

En droit des assurances, le délai pour agir est court. C'est le piège le plus fréquent, et il est irrattrapable une fois refermé.

  • La prescription biennale. Toutes les actions dérivant d'un contrat d'assurance se prescrivent par deux ans à compter de l'événement qui y donne naissance. Deux ans, pas cinq.
  • Ce qui l'interrompt. Une lettre recommandée avec accusé de réception relative au règlement de l'indemnité, la désignation d'un expert à la suite d'un sinistre, une citation en justice. Un simple appel téléphonique ou un courriel n'interrompt rien.
  • La déclaration de sinistre. Son délai figure au contrat, souvent cinq jours ouvrés, deux jours en cas de vol. Le dépasser n'entraîne de déchéance que si l'assureur démontre un préjudice, mais il donne un argument dont il se sert.

Deux ans passent vite quand on attend une réponse. Si votre dossier traîne depuis plusieurs mois, la première chose à vérifier n'est pas le montant proposé, c'est la date. Envoyez une lettre recommandée : elle repart de zéro.

Contester un chiffrage ou un refus de garantie

Ce ne sont pas deux mêmes combats, et ils ne se plaident pas pareil.

Le chiffrage est trop bas

C'est un débat technique. On l'emporte avec des pièces, pas avec des arguments : devis d'entreprises indépendantes, factures antérieures, justificatifs de valeur, constat d'huissier, rapport d'expert d'assuré. La vétusté appliquée et la méthode de valorisation retenue sont les deux points à examiner en premier, parce que ce sont les deux leviers les plus utilisés.

La garantie est refusée

C'est un débat juridique. L'assureur invoque une exclusion, une condition non remplie, une déclaration inexacte. Trois questions se posent dans l'ordre :

  1. La clause existe-t-elle réellement dans le contrat qui vous a été remis, et dans la version applicable au jour du sinistre ?
  2. Est-elle valable ? Une clause d'exclusion doit être formelle et limitée, rédigée en caractères apparents. Beaucoup ne le sont pas.
  3. S'applique-t-elle à votre situation ? Les exclusions sont d'interprétation stricte, et le doute profite à l'assuré.

Demandez toujours à l'assureur de motiver son refus par écrit, en visant la clause précise. C'est un document qui l'engage, et c'est la première pièce du dossier.

Les recours, du plus simple au plus lourd

  1. La réclamation écrite au service concerné, puis au service réclamations de la compagnie. Toujours en recommandé, toujours en visant les pièces.
  2. La tierce expertise, si le contrat la prévoit et si le désaccord porte sur le montant.
  3. Le médiateur de l'assurance, une fois la réponse définitive de la compagnie obtenue, ou après un délai d'attente sans réponse. Gratuit, écrit, et il suspend la prescription.
  4. L'action directe contre l'assureur du responsable, quand le dommage vient d'un tiers. Elle évite d'attendre que le responsable se déclare.
  5. Le référé expertise, puis le procès au fond. Quand le désaccord est technique et important, c'est l'expertise judiciaire qui remet les compteurs à zéro.

Je passe par la voie amiable chaque fois qu'elle produit un résultat, parce qu'elle est plus rapide et moins coûteuse. Elle a une limite nette : elle n'aboutit que face à un interlocuteur qui se sait exposé à la suite.

Références

  1. (1)Article L113-1 du Code des assurances : les exclusions opposées a l'expertise doivent être formelles et limitées
  2. (2)Article L114-1 du Code des assurances : prescription de deux ans des actions dérivant du contrat
  3. (3)Article 145 du Code de procédure civile : expertise judiciaire ordonnée avant tout procès quand l'expertise amiable échoue

Questions fréquentes

L'expert de l'assurance est-il obligatoire ?

Non, mais l'assureur le mandate presque systématiquement au-delà d'un certain montant, et le contrat l'y autorise. Vous ne pouvez pas lui interdire d'expertiser. Vous pouvez en revanche exiger que les opérations soient contradictoires et faire assister par votre propre expert.

Il est mandaté et rémunéré par la compagnie, ce qui ne fait pas de lui un adversaire déloyal mais explique sa perspective. Il travaille sur les éléments qu'on lui donne, et personne d'autre que vous n'a intérêt à les compléter. Vous n'êtes pas tenu d'accepter ses conclusions, et vous pouvez faire valoir les vôtres. La difficulté est que sa visite se prépare : une fois le rapport déposé, la discussion devient une contestation, ce qui est beaucoup plus lourd que d'avoir fait consigner un point au moment où il était constaté.

Qu'est-ce qu'un expert d'assuré ?

Un expert que vous choisissez et rémunérez pour défendre votre évaluation face à celui de la compagnie. Certains contrats prévoient la prise en charge partielle de ses honoraires : vérifiez la garantie « honoraires d'expert » avant d'en supporter le coût vous-même.

C'est un professionnel que vous mandatez vous-même, pour porter votre lecture technique du sinistre face à celui de la compagnie. Son coût est parfois pris en charge par la garantie de protection juridique du contrat, ce qu'il faut vérifier avant de l'engager. Son utilité se mesure au montant en jeu : sur un sinistre modeste, il coûte plus qu'il ne rapporte ; sur un sinistre important ou techniquement discutable, il est souvent le seul moyen d'obtenir un chiffrage contradictoire. Le mandater tôt vaut mieux que de le faire intervenir après un rapport défavorable.

Quel délai pour agir contre un assureur ?

En principe deux ans à compter de l'événement qui y donne naissance : c'est la prescription biennale du code des assurances, beaucoup plus courte que le délai de droit commun. Elle s'interrompt notamment par une lettre recommandée avec accusé de réception ou la désignation d'un expert. C'est le piège le plus fréquent.

Deux ans, et c'est le délai le plus court et le plus méconnu du droit des assurances. Toutes les actions dérivant d'un contrat d'assurance se prescrivent par deux ans à compter de l'événement qui y donne naissance. Il ferme des dossiers entiers pendant que l'assuré échange encore des courriers, en croyant que la discussion suspend le temps. Des points de départ particuliers existent : quand le sinistre résulte du recours d'un tiers, le délai ne court qu'à partir du jour où ce tiers a agi en justice ou a été indemnisé.

Puis-je refuser les conclusions de l'expert de la compagnie ?

Oui. Tant que vous n'avez pas accepté d'indemnité, rien ne vous engage. Vous pouvez demander une contre-expertise, mettre en œuvre la clause de tierce expertise du contrat, saisir le médiateur de l'assurance, ou porter le litige devant le juge.

Vous le pouvez, et le contrat prévoit presque toujours le mécanisme pour le faire : la tierce expertise. Chaque partie désigne son expert, et les deux s'accordent sur un troisième, dont les frais sont généralement partagés. Relisez votre contrat avant toute démarche, car les modalités et les délais y figurent et leur dépassement se retourne contre vous. La contestation se prépare avant la visite, pas après le rapport : une fois les conclusions déposées, il faut les combattre, alors qu'un point consigné au moment du constat n'a pas à être démontré.

Que faire si l'assureur ne répond plus ?

Adressez une mise en demeure par lettre recommandée avec accusé de réception : elle interrompt la prescription et fait courir les intérêts. Sans réponse dans un délai raisonnable, le médiateur de l'assurance peut être saisi, puis le juge. Le silence de la compagnie ne vous fait pas perdre vos droits, mais l'écoulement du temps, si.

Le silence est une position, et elle se traite comme telle. Commencez par une mise en demeure écrite, en recommandé, qui fixe une date et oblige la compagnie à se positionner par écrit. Saisissez ensuite le médiateur de l'assurance, gratuit, après réclamation restée sans solution. Attention à l'effet de ces démarches sur le délai de deux ans. Une lettre recommandée avec accusé de réception portant sur le règlement de l'indemnité l'interrompt, et la désignation d'un expert à la suite du sinistre aussi : un nouveau délai repart alors. Un appel ou un courriel, en revanche, n'interrompt rien.

Puis-je agir directement contre l'assureur du responsable ?

Oui, la victime dispose d'une action directe contre l'assureur de la personne responsable. Vous n'êtes donc pas obligé de passer par votre propre compagnie ni d'attendre que le responsable veuille bien déclarer le sinistre. C'est souvent la voie la plus rapide.

La victime dispose d'une action directe contre l'assureur qui garantit la responsabilité civile du responsable, et l'assureur ne peut alors payer à un autre qu'elle. L'intérêt pratique est considérable et souvent ignoré : il permet de s'adresser à un interlocuteur solvable plutôt qu'à un particulier ou à une entreprise en difficulté, et d'avancer même si le responsable reste passif ou a disparu. C'est un levier qui change la physionomie d'un dossier de dommage corporel comme d'un dossier de construction, où l'entreprise fautive est parfois en liquidation quand le désordre apparaît.

Maître Margot Marin, avocate au Barreau de Bordeaux

Maître Margot Marin

Avocate au Barreau de Bordeaux depuis décembre 2021

J'exerce à titre individuel en préjudice corporel, droit bancaire, droit des assurances et droit de la construction. J'interviens au moment procédural qui décide du montant : l'expertise contradictoire.

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