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Infection nosocomiale : indemnisation et recours

Une infection contractée dans un établissement de santé engage sa responsabilité de plein droit : vous n'avez pas à prouver de faute, c'est à lui d'établir une cause étrangère. Au-delà de 25 % d'atteinte permanente, ou en cas de décès, c'est l'ONIAM qui indemnise au titre de la solidarité nationale.

Maître Margot Marin, avocate au Barreau de Bordeaux

Maître Margot Marin

Avocate au Barreau de Bordeaux · Mis à jour le

Une infection contractée à l'hôpital ou en clinique place la victime dans une situation juridique bien plus favorable que celle d'une erreur médicale ordinaire. La plupart des personnes concernées l'ignorent, et engagent leur dossier comme s'il fallait prouver une faute. Ce n'est pas le cas, et cette confusion coûte du temps et parfois le dossier.

Un régime sans faute, le plus favorable du droit médical

Le second alinéa du I de l'article L1142-1 du Code de la santé publique pose une règle courte : les établissements, services et organismes de santé sont responsables des dommages résultant d'infections nosocomiales, sauf s'ils rapportent la preuve d'une cause étrangère(1).

Il faut mesurer ce que cette phrase renverse. Dans le régime ordinaire, celui du premier alinéa, c'est à la victime de démontrer une faute du soignant, ce qui suppose d'établir ce qui aurait dû être fait et ne l'a pas été. Ici, rien de tel. Le seul fait que l'infection ait été contractée lors de la prise en charge suffit à engager la responsabilité de l'établissement.

La conséquence pratique est que le litige ne porte presque jamais sur la responsabilité elle-même. Il porte sur la qualification : l'infection est-elle bien nosocomiale ? Tout le dossier se joue là, et c'est un terrain de faits, pas de droit.

Le praticien libéral, où la faute redevient nécessaire

Le texte nomme limitativement les établissements, services et organismes. Il ne vise pas les professionnels de santé exerçant à titre libéral. La même infection ouvre donc deux dossiers très différents selon le lieu de l'acte : responsabilité automatique si elle a été contractée en clinique ou à l'hôpital, faute à démontrer si l'acte a eu lieu au cabinet d'un praticien libéral.

Qui indemnise : l'établissement ou l'ONIAM

Deux payeurs possibles, et la frontière entre eux est un chiffre. En dessous du seuil, l'indemnisation reste à la charge de l'établissement et de son assureur. Au-delà, elle relève de la solidarité nationale et c'est l'ONIAM qui intervient.

SituationQui indemniseCe que ça change
Atteinte permanente jusqu'à 25 %L'établissement et son assureurDiscussion contentieuse, face à un assureur qui défend ses intérêts.
Atteinte permanente supérieure à 25 %L'ONIAM, au titre de la solidarité nationaleProcédure administrative, avec ses propres référentiels d'évaluation.
Décès causé par l'infectionL'ONIAMLes préjudices des proches s'ajoutent à ceux de la victime.

Ce seuil de 25 % est propre aux infections nosocomiales(2). Il ne se confond pas avec le seuil de gravité qui conditionne l'accès à la commission d'indemnisation, fixé par décret et construit sur d'autres critères(3). Ce sont deux chiffres distincts, qui jouent à deux moments distincts de la procédure. Le détail du second est traité sur la page générale de l'indemnisation.

Le vrai terrain du litige : prouver le caractère nosocomial

Puisque la responsabilité ne se discute pas, la défense se déplace en amont. L'établissement soutiendra que l'infection n'a pas été contractée chez lui : que le germe était déjà présent, que le patient en était porteur, ou que l'origine se trouve ailleurs.

Est nosocomiale une infection absente à l'admission et qui se déclare pendant ou au décours de la prise en charge. La démonstration repose donc sur trois séries d'éléments objectifs. L'état documenté à l'entrée, qui établit l'absence d'infection. La date d'apparition des premiers signes, rapportée à celle de l'acte. Et l'identification du germe, comparée à ce qui circule dans le service.

Les pièces qui font la différence

Toutes les pièces n'ont pas le même poids. Quatre comptent plus que les autres, parce qu'elles portent la chronologie.

Le compte rendu d'hospitalisation d'entrée, qui documente l'état à l'admission et donc l'absence d'infection. Les résultats bactériologiques, qui identifient le germe et datent son apparition. Le compte rendu opératoire, qui situe l'acte et ses conditions. Les feuilles de surveillance, qui tracent l'apparition des premiers signes heure par heure.

À ces pièces s'ajoute tout ce qui documente les conséquences : arrêts de travail, reprises chirurgicales, traitements prolongés, retentissement sur la vie quotidienne. Ce second ensemble ne sert pas à établir la responsabilité, il sert à chiffrer, et il est presque toujours sous-documenté au moment de l'expertise.

Par où passer, et dans quel ordre

Deux voies existent, la commission d'indemnisation et le tribunal, et le choix entre elles n'est pas une question de préférence mais de dossier. Elles sont comparées en détail sur la page générale, avec le seuil de gravité qui conditionne l'accès à la première.

Dans les deux cas, le moment qui décide n'est ni la saisine ni l'audience : c'est l'expertise médicale. C'est là que le caractère nosocomial est retenu ou écarté, et là que chaque poste de préjudice est évalué. Une expertise préparée sans assistance laisse l'expert construire son analyse sur les seules pièces produites par l'établissement, et le rapport qui en sort pèse ensuite plus lourd que tout ce qui sera plaidé.

Mon intervention porte sur ces deux points précis : établir la chronologie qui rend le caractère nosocomial incontestable, et être présente à l'expertise pour que chaque conséquence de l'infection y soit consignée plutôt que découverte après.

Références

  1. (1)Article L1142-1 du Code de la santé publique : responsabilité pour faute au premier alinéa ; responsabilité des établissements, services et organismes pour les infections nosocomiales sans faute, sauf preuve d'une cause étrangère, au second
  2. (2)Article L1142-1-1 du Code de la santé publique : prise en charge par la solidarité nationale des infections nosocomiales entraînant une atteinte permanente supérieure à 25 % ou le décès
  3. (3)Décret n° 2011-76 du 19 janvier 2011 relatif au caractère de gravité des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales

Questions fréquentes

Dois-je prouver une faute de l'hôpital ?

Non. L'article L1142-1 du Code de la santé publique rend les établissements responsables des dommages résultant d'infections nosocomiales sans qu'une faute ait à être démontrée. La charge de la preuve est inversée : c'est à l'établissement d'établir une cause étrangère.

C'est ce qui distingue l'infection nosocomiale de l'erreur médicale ordinaire, où la faute doit être prouvée par la victime. Ici, le fait que l'infection ait été contractée lors de la prise en charge suffit à engager la responsabilité. La cause étrangère, seule échappatoire prévue par le texte, suppose un évènement extérieur, imprévisible et irrésistible : en pratique, les établissements l'invoquent rarement avec succès. Le débat se déplace donc presque toujours en amont, sur la question de savoir si l'infection est bien nosocomiale, et c'est là que se joue le dossier.

Mon opération a eu lieu au cabinet d'un chirurgien libéral, est-ce pareil ?

Non, et la différence est décisive. Le texte vise les établissements, services et organismes, pas les professionnels exerçant à titre libéral. Face à un praticien libéral, il faut revenir au régime de droit commun et démontrer une faute.

Le second alinéa de l'article L1142-1 nomme limitativement les établissements, services et organismes de santé. Un praticien libéral reste soumis au premier alinéa, celui de la responsabilité pour faute. Concrètement, la même infection ouvrira un dossier très différent selon le lieu de l'acte : responsabilité automatique en clinique ou à l'hôpital, faute à prouver au cabinet. C'est une des premières questions à trancher, avant même de constituer le dossier, parce qu'elle détermine ce qu'il faudra démontrer et donc quelles pièces réclamer.

À partir de quand est-ce l'ONIAM qui paie ?

Au-delà de 25 % d'atteinte permanente à l'intégrité physique ou psychique, et en cas de décès causé par l'infection. En deçà, l'indemnisation reste à la charge de l'établissement et de son assureur.

L'article L1142-1-1 confie à la solidarité nationale, donc à l'ONIAM, les infections nosocomiales les plus graves. Le seuil n'a rien d'anodin : il ne change pas seulement le payeur, il change l'interlocuteur, la procédure et le rythme. Face à un assureur d'établissement, la discussion est contentieuse. Face à l'ONIAM, elle est administrative et suit ses propres barèmes internes. Ce seuil de 25 % ne se confond pas avec le seuil de gravité qui ouvre l'accès à la commission d'indemnisation : ce sont deux chiffres différents qui jouent à deux moments différents.

Comment prouve-t-on qu'une infection est nosocomiale ?

Par la chronologie et par le germe. Une infection est nosocomiale lorsqu'elle était absente à l'admission et se déclare pendant ou après la prise en charge. Les dates, les résultats bactériologiques et les comptes rendus sont les pièces qui l'établissent.

L'établissement conteste rarement le régime de responsabilité, il conteste le caractère nosocomial. Sa défense habituelle consiste à soutenir que le germe était déjà présent, que le patient était porteur, ou que l'infection trouve son origine ailleurs. Le dossier se gagne donc sur des éléments objectifs : l'état documenté à l'admission, la date d'apparition des premiers signes, l'identification du germe et sa comparaison avec ceux connus dans le service. Ce sont des pièces que seul le dossier médical complet contient, d'où l'importance d'en demander la communication intégrale sans attendre.

Combien de temps ai-je pour agir ?

Le délai ne court pas de l'infection mais de la consolidation de votre état, c'est-à-dire du moment où les séquelles sont stabilisées. Une infection ancienne n'est donc pas nécessairement prescrite. Les délais détaillés figurent sur la page qui leur est consacrée.

Cette règle surprend et elle joue souvent en faveur de la victime. Tant que l'état n'est pas consolidé, les préjudices ne sont pas mesurables, et le point de départ du délai n'est pas atteint. Une personne infectée plusieurs années auparavant, dont les séquelles ont évolué longtemps, peut donc disposer de plus de temps qu'elle ne le croit. L'inverse est vrai aussi : une consolidation précoce enclenche le compte à rebours plus tôt qu'on ne l'imagine. C'est un point à vérifier sur pièces au tout début, jamais à supposer.

Maître Margot Marin, avocate au Barreau de Bordeaux

Maître Margot Marin

Avocate au Barreau de Bordeaux depuis décembre 2021

J'exerce à titre individuel en préjudice corporel, droit bancaire, droit des assurances et droit de la construction. J'interviens au moment procédural qui décide du montant : l'expertise contradictoire.

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