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L'aide juridictionnelle, conditions et démarche

L'aide juridictionnelle prend en charge tout ou partie des frais de justice selon vos ressources. Trois plafonds sont examinés : le revenu fiscal de référence, le patrimoine mobilier et le patrimoine immobilier. Un seul dépassé suffit à écarter la demande, même si les deux autres sont largement respectés.

Maître Margot Marin, avocate au Barreau de Bordeaux

Maître Margot Marin

Avocate au Barreau de Bordeaux · Mis à jour le

Beaucoup de gens ne déposent pas de demande parce qu'ils croient savoir qu'ils n'y ont pas droit. Ils sont propriétaires de leur logement, ils travaillent, ils ont une épargne : trois raisons qui n'en sont pas. Le calcul réel exclut la résidence principale et ne retient qu'une partie du patrimoine. Comprendre le mécanisme vaut mieux que se fier à une intuition.

Ce qu'elle couvre, et ce qu'elle ne couvre pas

L'aide juridictionnelle prend en charge, totalement ou partiellement, les frais liés à une procédure : honoraires d'avocat, frais d'huissier, et frais d'expertise lorsque la mesure est ordonnée dans le cadre de l'instance. C'est ce dernier point qui compte le plus dans les dossiers techniques, où la consignation est souvent l'obstacle réel.

Elle ne couvre pas tout, et deux limites méritent d'être connues d'avance. Elle ne s'étend pas aux frais engagés avant la décision d'admission, d'où l'intérêt de déposer tôt. Et en cas de perte du procès, elle ne protège pas nécessairement de la condamnation à verser une somme à l'adversaire au titre de ses propres frais.

Les trois plafonds, et la règle qui surprend

Les ressources sont appréciées en tenant compte du revenu fiscal de référence ou, à défaut, des ressources imposables, de la valeur en capital du patrimoine mobilier ou immobilier même non productif de revenus, et de la composition du foyer fiscal(1).

Trois plafonds sont donc examinés en parallèle : le revenu fiscal de référence, le patrimoine mobilier, le patrimoine immobilier. Ils ne se compensent pas.

Les montants sont fixés par décret et revalorisés chaque année. Ils ne figurent pas sur cette page pour une raison simple : un chiffre publié ici serait faux dans quelques mois, et une personne écartée à tort renoncerait à déposer. Le simulateur officiel du ministère de la Justice donne le montant en vigueur au jour de votre demande.

Ce qui compte comme patrimoine, et ce qui en est exclu

C'est là que se jouent la plupart des renoncements injustifiés. Les exclusions sont larges et mal connues.

Ce qui est pris en compteCe qui en est exclu
L'épargne financièreLes autres biens meubles, véhicule et mobilier compris
Les biens immobiliers autres que le logementLa résidence principale
Résidence secondaire, bien locatif, terrainLes biens indispensables à l'exercice de l'activité professionnelle

Autrement dit, être propriétaire de son logement n'écarte pas du dispositif, et posséder une voiture encore moins. Ce qui est regardé, c'est l'épargne disponible et l'immobilier qui n'est ni le toit ni l'outil de travail.

Totale ou partielle, ce que ça change

L'aide totale correspond à une prise en charge intégrale au taux de 100 %. L'aide partielle existe à deux niveaux, 55 % et 25 % du montant maximum susceptible d'être accordé. Le complément reste alors à votre charge, et il se négocie avec l'avocat par une convention d'honoraires écrite.

Cette gradation explique pourquoi il faut déposer même quand on pense être au-dessus des plafonds les plus bas : entre l'admission totale et le refus, il existe deux marches intermédiaires qui changent beaucoup la charge réelle.

Le dossier, et les pièces qui bloquent

Le contenu du formulaire et la liste des pièces à y joindre sont fixés par arrêté(2). Le dossier se dépose en ligne ou au bureau d'aide juridictionnelle du tribunal compétent.

En pratique, les refus de forme tiennent presque toujours aux mêmes manques : l'avis d'imposition le plus récent, les justificatifs de ressources de l'ensemble du foyer fiscal, et la pièce qui établit l'objet de la procédure. Rassembler ces trois séries avant de commencer la saisie évite le dépôt incomplet et le mois perdu qui suit.

En cas de refus

Lisez le motif avant de conclure quoi que ce soit. Les refus de forme, liés à une pièce absente, se règlent par un dépôt complété. Les refus de fond, liés au dépassement d'un plafond, n'appellent un recours que si le calcul vous paraît erroné, par exemple si un bien exclu a été compté ou si une personne à charge a été omise.

Le délai de recours est court et figure sur la notification de la décision. C'est la première chose à relever à la réception du courrier, avant même d'en discuter l'opportunité.

Ce qui est réellement gratuit, et ce qui ne l'est pas

Une page sur l'aide juridictionnelle attire des personnes qui cherchent un avocat gratuit. Autant être exacte, d'autant que la déontologie l'impose.

Le premier échange téléphonique, destiné à savoir si votre situation relève de mes domaines et si une action est envisageable, ne vous est pas facturé. Ce qui suit l'est, selon les modalités publiées sur la page honoraires, sauf admission à l'aide juridictionnelle, auquel cas la prise en charge s'applique dans les conditions décrites plus haut.

Il existe par ailleurs des ressources réellement gratuites et indépendantes de tout cabinet, vers lesquelles il est normal d'orienter : les points-justice, les maisons de justice et du droit, et les permanences organisées par le barreau. Elles donnent une information juridique, elles n'assurent pas le suivi d'un dossier.

Références

  1. (1)Article 4 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : ressources appréciées au regard du revenu fiscal de référence, de la valeur en capital du patrimoine mobilier et immobilier même non productif de revenus, et de la composition du foyer fiscal ; plafonds fixés par décret en Conseil d'État
  2. (2)Arrêté du 30 décembre 2020 relatif au contenu du formulaire de demande d'aide juridictionnelle et à la liste des pièces à y joindre
  3. (3)Simulateur officiel du ministère de la Justice, seule source à jour pour les plafonds en vigueur

Questions fréquentes

Quels sont les plafonds exacts cette année ?

Ils sont revalorisés chaque année par décret, donc tout chiffre publié sur un site se périme en quelques mois. Le simulateur officiel du ministère de la Justice donne le montant en vigueur au jour de votre demande, et c'est la seule source à utiliser.

Publier un barème figé serait la pire façon de traiter ce sujet : la page resterait en ligne avec des chiffres faux, et une personne écartée à tort renoncerait à déposer. Le mécanisme, lui, ne bouge pas d'une année sur l'autre, et c'est ce qu'il est utile de comprendre : trois plafonds examinés ensemble, des majorations selon le nombre de personnes à charge, et trois niveaux de prise en charge. Une fois ce mécanisme compris, le chiffre exact se lit en deux minutes sur le simulateur officiel, à jour par construction.

Ma résidence principale m'empêche-t-elle d'y avoir droit ?

Non. La résidence principale est exclue de la valeur du patrimoine immobilier prise en compte, de même que les biens immobiliers indispensables à l'exercice de votre activité professionnelle.

C'est la méprise la plus fréquente, et elle conduit beaucoup de gens à ne pas déposer alors qu'ils y avaient droit. Être propriétaire de son logement n'exclut pas de l'aide juridictionnelle. Ce qui est examiné du côté immobilier, ce sont les autres biens : résidence secondaire, bien locatif, terrain. De la même façon, seule l'épargne financière est retenue au titre du patrimoine mobilier, et non l'ensemble des biens meubles. Une voiture ou un mobilier n'entrent pas dans le calcul.

Puis-je choisir mon avocat si j'ai l'aide juridictionnelle ?

Oui. Vous pouvez désigner un avocat qui accepte de vous assister à ce titre, et le préciser dans votre demande. À défaut, le bâtonnier en désigne un. Le choix n'est donc pas réservé à ceux qui paient.

C'est une idée reçue tenace : beaucoup pensent que l'aide juridictionnelle impose un avocat commis d'office et subi. Ce n'est pas le cas. Si un avocat a déjà accepté de vous assister, son nom se porte sur le formulaire, et le bureau d'aide juridictionnelle le désigne. En pratique, il est préférable d'avoir cet accord avant de déposer, parce que tous les cabinets n'acceptent pas ces dossiers et que la désignation d'office fait perdre le bénéfice d'un avocat déjà au fait de votre situation.

Puis-je la demander alors que la procédure est déjà lancée ?

Oui, la demande peut être formée avant l'engagement de la procédure ou en cours d'instance. Il est toutefois préférable de la déposer tôt : l'instruction prend du temps et certains délais de procédure, eux, ne s'arrêtent pas.

Le point d'attention est là, plus que sur la recevabilité. Un dossier d'aide juridictionnelle déposé en même temps qu'une assignation en référé expertise ne suspend pas le délai de consignation fixé par le juge. Il faut donc raisonner en calendrier : identifier dès le départ les échéances qui ne bougeront pas, et déposer suffisamment tôt pour que la décision arrive avant elles. Une demande déposée au bon moment évite d'avoir à choisir entre avancer des frais et perdre le bénéfice d'une mesure déjà ordonnée.

Que faire si ma demande est refusée ?

La décision du bureau d'aide juridictionnelle peut faire l'objet d'un recours, dans un délai indiqué sur la notification. Vérifiez d'abord le motif : beaucoup de refus tiennent à une pièce manquante plutôt qu'à un dépassement de plafond.

Lisez la décision avant de conclure que vous n'y avez pas droit. Les motifs se répartissent en deux familles très différentes. Les refus de forme, liés à un justificatif absent ou à un avis d'imposition non joint, se règlent souvent par un dépôt complété. Les refus de fond, liés au dépassement d'un plafond, appellent un recours seulement si le calcul retenu vous paraît erroné, par exemple si un bien exclu a été compté ou si une personne à charge a été oubliée. Le délai de recours est court et figure sur la notification.

Maître Margot Marin, avocate au Barreau de Bordeaux

Maître Margot Marin

Avocate au Barreau de Bordeaux depuis décembre 2021

J'exerce à titre individuel en préjudice corporel, droit bancaire, droit des assurances et droit de la construction. J'interviens au moment procédural qui décide du montant : l'expertise contradictoire.

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